Championnat de France de la montagne : la côte à Marlhes

Championnat de France de la montagne : la côte à Marlhes

La course de côte fait presque bande à part dans l’univers de la vitesse. Sur une piste qui monte et qui tourne sans relâche, chaque pilote est seul face à lui-même. Mais dans le paddock, l’esprit de camaraderie l’emporte. Petit aperçu de la discipline à l’occasion de la dernière manche du championnat 2010, à Marlhes (42).

Lorsque René Geret, le speaker de la côte, annonce le départ du premier side-car, l’effervescence est de mise parmi les spectateurs. Ces drôles d’engins à trois roues sont toujours les plus admirés parmi toutes les catégories du championnat de la montagne. Venu des villages voisins, le public est surtout composé de familles qui profitent du passage de la « caravane de la côte » pour vivre un bon moment. Contrairement à la vitesse sur circuit, ici c’est la moto qui vient à eux… Un peu comme le ferait un cirque, avec ses spectacles colorés !

Mais la « côte », comme on appelle communément la discipline, est aussi une formidable compétition où rien n’est laissé au hasard. Sans surenchère technique ou les gros sous qui accompagnent les autres championnats de vitesse sur circuit, la côte est une discipline à part entière où l’on trouve des vrais spécialistes et des machines parfaitement préparés pour avaler au plus vite les quelques kilomètres du tracé. Une montée ne dure pas longtemps, à peine un peu plus d’une minute. Mais c’est intense, très intense, au point que certains pilotes, après avoir ingéré un maximum d’air au départ, montent en totale apnée et ne soulagent leurs poumons qu’une fois la ligne d’arrivée franchie.

Un pilotage aux petits oignons
Sur un parcours torturé et avec un revêtement pas toujours parfaitement lisse, les parties-cycles sont soumises à rude épreuve. Le moteur, quant à lui, ne doit jamais abandonner le haut du compte-tours et les pneus doivent être absolument en température au moment du départ.

« Le départ et le premier virage sont essentiels lors d’une montée », nous explique le très expérimenté Jean-Paul Clément, « car c’est à cet instant que ta course se joue. Pratiquement tous les pilotes qui prétendent à la victoire dans chaque catégorie (sauf les side-cars) utilisent les couvertures chauffantes. Par la suite, une bonne connaissance du tracé, la motivation et la concentration sont aussi des éléments fondamentaux pour faire la différence avec les autres. Sachez aussi qu’un pilotage tout en souplesse, avec des trajectoires tracées au plus juste, vous amènera forcément vers un bon temps. »

Il est vrai qu’à voir monter les bons pilotes, tels Uwe Rademacher en 1300, Nicolas Bosson en 600, Frédéric Kernel en 250 et Alexandre Machet en 125 cm3 (ils sont tous champions 2010 dans leur catégorie), on est impressionnés par leur efficacité. Ces pilotes enchaînent les virages avec une telle perfection, sans glisser et avec la roue avant toujours collée au sol, qu’il faut avoir un œil avisé pour comprendre qu’ils sont en train de réaliser un temps canon. Mais ils ne sont pas les seuls car parfois, comme ici à Marlhes lors de la première montée des 600 cm3, la différence entre les meilleurs de la catégorie est tellement minime que l’on trouve 5 pilotes dans la même seconde ! « Oui, parfois c’est tellement chaud qu’il faut avoir les nerfs solides. Mais la côte a toujours offert des empoignades spectaculaires, depuis toujours », nous avoue Nicolas Bosson (voir interview). Pendant ce temps, dans les haut-parleurs qui résonnent dans la montagne, René ne cesse de chauffer le public et de mettre la pression aux concurrents… Quel spectacle !

Une discipline en quête de renouveau
« Depuis toujours, la course de côte a attiré de nombreux pilotes solo et side », constate Bernard Piroutet, le pilote side-car le plus titré et qui court cette année avec sa fille Aline. « Elle a été aussi une source de révélation de nouveaux talents pour la vitesse française. Regardez par exemple tout dernièrement Vincent Philippe, le champion en Endurance : il vient de la côte… Pourtant depuis quelques années le nombre d’engagés, surtout en side-car, ne cesse de diminuer. »

Pour lui, comme pour Jean-Pierre Marin (le photographe officiel de la côte), René (le speaker), comme pour bien d’autres anciens pilotes, cette défection est à mettre à l’actif d’une réglementation toujours plus tatillonne en matière de contraintes administratives, sportives et écologiques.

C’est François Bos, le président du MC Les Picarloux, organisateur de la course de Marlhes, qui résume le point de vue des organisateurs : « Organiser une épreuve du championnat c’est un travail qui réclame beaucoup de’énergie, de patience et abnégation. Tout le monde, de l’administration à la FFM ne fait qu’imposer règles et contraintes toujours plus lourdes, sans que personne ne t’aide concrètement. Tu sais, il en a qui disent, avec un discours qui se veut écologiste, que la côte génère des nuisances sonores pour le voisinage… Au moto club, on n’a pas attendu qu’on nous parle de ça pour organiser chaque année une soirée avec les gens du coin. Cette soirée est une belle occasion pour faire la fête et expliquer notre passion… »

Il reste cependant optimiste sur le devenir de la côte : « Il y a certes eu cette année seulement 6 épreuves au championnat, mais l’année prochaine cela devrait s’améliorer selon mes informations. Quant aux pilotes, regarde, il y a plus de 130 engagés à Marlhes. C’est un signe… » François et tous les membres du moto club (Le Turc, Pif, Kissou, Eveline…) ont en tout cas assuré une super dernière manche de ce championnat trop méconnu. Bravo à eux et surtout bravo à tous les pilotes qui ont apporté un peu de bonheur aux gens d’ici, tout en se faisant plaisir.

Et si vous avez l’occasion d’aller voir une manche du championnat en 2011, n’hésitez pas à aller rencontrer les pilotes. Vous verrez, ils sont méchants sur la piste mais super disponibles dans le paddock.