Débriefing complet Phillip Island : Le MotoGP change d'allure. Tant mieux!

Débriefing complet Phillip Island : Le MotoGP change d'allure. Tant mieux!
En manque de MotoGP pour cause de trêve hivernale, nous nous étions repus en Malaisie, gavés d'informations grâce aux trois journées retransmises en direct sur le site MotoGP.com. Nous étions d'ailleurs repartis de Sepang remplis d'images, de sons, de chronos... et de certitudes!
 
Yamaha allait dominer le championnat, Lorenzo allait reconduire son titre mondial, Valentino Rossi allait courir derrière, les Honda officielles souffraient d'un grave et récurrent problème de moteur trop agressif et allaient mettre des mois à revenir au niveau de Yamaha, Michelin avait trouvé la potion magique et allait pulvériser les records réalisés par Bridgestone, souffrant juste de quelques petits soucis de jeunesse les Ducati GP 2016 allaient rapidement renvoyer les autres productions de Borgo Panigale à leurs études, Casey Stoner avait fait un joli pied de nez à tout le monde et, satisfait, allait rentrer dans sa boîte, Suzuki, après avoir rencontré plusieurs problèmes moteurs, allait devoir revoir sa copie, et cætera, et cætera.
 
Vision simpliste qui consiste à projeter en ligne droite le premier soubresaut de l'électrocardiogramme d'un cœur qui se remet tout juste à battre...
 
Les terres australes nous ont rappelés à la réalité d'un championnat du monde dans lequel s'affrontent les 20 meilleurs pilotes du monde et quelques centaines des meilleurs ingénieurs et mécaniciens; rien n'est jamais écrit d'avance! Et c'est tant mieux pour les centaines de millions de passionnés qui en suivent le déroulement, tout au long de ses 18 épreuves.
 
Yamaha:
Oublié le splendide doublé réalisé par les productions d'Iwata en Malaisie. Pire, celles-ci ne montent même pas sur le podium du classement combiné et doivent s'incliner devant Marc Marquez, soit, mais aussi l'ex-rookie Maverick Vinales et même le "privé" Cal Crutchlow!
L'outrageuse domination de Jorge Lorenzo s'est convertie en une modeste 4ème place, précédant tout juste l'impudent Hector Barbera et sa vieille Ducati GP14.2.
Bérézina chez Yamaha?
Non, loin de là; simplement le résultat d'un ensemble de choses, dont une perte effective de temps pour déterminer quel châssis sera utilisé cette année, et, côté Lorenzo, deux pneus peut être hâtivement jugés défectueux puis une chute le troisième jour mettant un terme à ses essais.
N'en doutons pas, les Yamaha se battront pour le titre, mais la question que nous avions posée à Hervé Poncharal après Sepang, " Lorenzo va-t-il tuer le championnat?", semble un peu moins d'actualité...
Jorge Lorenzo apparait d'ailleurs assez philosophe: "Les essais de Sepang s’étaient parfaitement déroulés, ici ça a été plus compliqué car le tracé est totalement différent. Nous verrons bien comment ça se passe au Qatar".
Valentino Rossi, classé 6ème du combiné, et tout aussi fataliste sur la météo que son coéquipier, garde le moral en attendant la suite des évènements: "Au final nous n’avons eu qu’une bonne journée, celle d’hier, mais c’est mieux que rien. Le test a été positif, surtout hier, mais aussi aujourd’hui. J’ai un bon feeling sur la moto et avec les pneus, mon rythme n’est pas mauvais et je suis donc satisfait."
 
 
On remarquera d'ailleurs les deux bonnes séances d'essais réalisées par le pilote italien, jeudi en réalisant le plus grand nombre de tours en 1'29, et vendredi en étant le seul des Fantastic Four à ne pas embrasser le sol australien tout en roulant à 3 dixièmes du meilleur temps; nul doute que le Doctor sera encore au premier plan cette année, et sans doute pour deux ans de plus...
 
Honda:
En quittant la Malaisie avec une place de 5ème et une place de 11ème, le team Repsol Honda était soucieux, très soucieux.
Marc Marquez l'a d'ailleurs reconnu: "Honnêtement, à Sepang, nous étions perdus. Nous n'avions aucune direction, nous n'avions rien. Mais ici, on commence à bien travailler".
 
Du coup, ce fut une valse tous azimuts pour essayer différents châssis et différents moteurs tout en essayant de régler la nouvelle électronique unique, déléguant au passage certains tests de pneus et de moteurs aux teams satellites et en particulier à Cal Crutchlow, le plus expérimenté des trois "adjoints". Avec la puissance du géant japonais, les résultats ne se sont pas faits attendre, avec le meilleur temps lors de la dernière journée des tests en Australie pour Marc Marquez et la deuxième place au combiné.
 
Plus important, la direction de travail a été trouvée et certains choix validés; ce sera le moteur 2016 dans le châssis 2014, même si l'on a vu qu'à ce niveau, cela ne voulait pas forcément dire grand-chose...

Notons qu'au milieu de cette agitation générale, le flegmatique Cal Crutchlow apparaît, sans faire de bruit, 6ème au classement combiné de Sepang et 3ème en Australie! Du beau boulot pour tous les membres du team LCR et l'interview de Christophe Bourguignon n'en prend que plus de valeur...
 
Ducati:
Danilo Petrucci (GP15) et Hector Barbera (GP14.2) étaient repartis respectivement second et troisième de Sepang. Concours de circonstances, coup d'éclat sans lendemain, suçage de roue, problèmes passagers sur les D16 officielles, toutes les explications tentant de trouver une logique dans ce classement à priori illogique ont fusé pour tenter de rassurer nos esprits cartésiens.
Et cela a plutôt bien fonctionné, jusqu'au classement de Phillip Island où le "toujours rapide sur un tour" Hector Barbera intercale sa vieille GP14.2 entre les deux Yamaha officielles et où Loris Baz, ayant enfin une moto adaptée à sa taille, précède Dani Pedrosa avec des propos à priori inattendus: "Ce matin, j'ai bouclé deux très bons temps derrière Viñales en 1'29.7 et 1'29.5. J'ai ensuite fait de même derrière Dovizioso et Pedrosa que j'arrivais à suivre et qui me gênaient parfois... En analysant le classement, je pense être celui qui a fait le plus de tours en 1'29 devant Marquez, Rossi, Viñales et Lorenzo. Aujourd'hui, je pense que j'étais celui qui avait le meilleur rythme."
 
Le pilote français n'en revient pas lui-même "C'est un peu dingue de se retrouver là, mais c'est vraiment bien, en particulier en étant 3e devant Rossi durant la séance" , mais les faits sont là.
 
 
A l'autre bout de l'armada Ducati, où Andrea Iannone et Andrea Dovizioso se classent 10 et 11ème au combiné, on se déclare pourtant satisfait.
Andrea Dovizioso a en effet retrouvé ses sensations "En réalité, c'était facile pour nous d'être assez rapides, bien qu'il nous ait manqué toujours deux ou trois dixièmes de seconde en fin de journée pour intégrer le sommet. Cependant, je suis satisfait de mon rythme de course parce que j'ai de bonnes sensations avec la moto, ce qui était l'objectif à atteindre en partant de Phillip Island , en particulier puisque j'y ai toujours un peu rencontré des problèmes."
 
 
Andrea Iannone est un peu moins satisfait: "Je ne suis pas entièrement satisfait de ma position finale, je suis heureux du travail que nous avons réalisé et des pas en avant que nous avons réussis à faire. Néanmoins, nous devons encore nous améliorer car nous attendons mieux, donc les prochains tests au Qatar seront vraiment importants. "
Et qu'on ne vienne pas importuner le pilote de Vasto avec des remarques impertinentes: "Barbera est devant avec la Ducati satellite? Eh bien, pour le moment, nous avons des choses beaucoup plus importantes à nous occuper . Ne vous laissez pas berner par le classement parce que nous ne sommes pas si loin ."
Sans doute une pointe d'énervement , mais la réalité également; les deux pilotes officiels doivent mettre au point la GP16 alors que les pilotes roulant avec des GP15 et GP14.2 ont des machines abouties ne requérant aucun développement.
 
Attendons donc de voir si les essais au Qatar permettent aux deux GP 16 de se rapprocher du Top 5...
 
 
En attendant, pour ne pas perturber davantage les titulaires du team Ducati Corse, Casey Stoner n'a pas participé à ces essais. Pour éviter toute confrontation directe, il ne participera d'ailleurs pas non-plus à ceux de Losail, mais y roulera tout seul, deux jours plus tard. Une mesure onéreuse qui ne peut se justifier que par la volonté de travailler à l'abri des regards et des chronos.
 
Depuis la chute de Danilo Petrucci et sa triple fracture des métacarpes, la présence de ce dernier aux essais IRTA de Losail est annulée et sa participation au premier Grand Prix de la saison fortement comprise.
Alors, évidemment, l'idée à germé sur le web que Casey Stoner pourrait le remplacer au Grand Prix du Qatar, d'autant que la GP15 n'a pas vraiment l'air moins rapide que sa sœur cadette. Pour le moment, le pilote australien s'est contenté de rassurer le titulaire du team Pramac qui s'en est confié à Sky TV: " Stoner m'a également dit que pour lui, les meilleures courses avaient eu lieu quand il était blessé. Dans ce sens, Il m'a donné confiance ."
Danilo Petrucci sera opéré lundi matin à Melbourne puis devra attendre le feu vert des docteurs avant de reprendre un vol pour l'Italie.
 
Suzuki:
Certes, Maverick Vinales aime particulièrement le circuit assez particulier de Phillip Island ("Ici, à Phillip Island, je me sens toujours en confiance, j'aime la piste et je peux m'y exprimer comme je veux, dans toutes les conditions")... Et certes, il y a chuté, ce qui indique que contrairement à Valentino Rossi, il était à la limite.
Mais sa progression lors de la deuxième journée, celle où il a inscrit le meilleur temps des trois jours, est exemplaire; des tours réguliers, un peu plus rapides à chaque sortie.
 
 
Alors certes Maverick Vinales avait tourné légèrement plus vite l'année dernière en Australie avec les Bridgestone (1'28.932 vs 1'29.131), mais il demeure aujourd'hui le plus rapide à Phillip Island: "nous avons bien travaillé de deux façons; la première sur un tour rapide, ce qui m'a donné la première place, et la seconde sur l'approche que nous avons eu vis-à-vis du développement, avec de petites améliorations à chaque sortie, en appliquant de petites corrections sur la machine sans changement majeur. Cette constance m'a non seulement permis de faire le tour le plus rapide, mais aussi un très bon feeling sur le rythme."
 
 
Voir Suzuki se hisser dans la cour des grands est une excellente nouvelle pour tous les passionnés, mais ce fait d'armes demande évidemment confirmation ,tellement le circuit de Phillip Island, avec son fort grip et ses grandes courbes sans gros freinages ni demande de forte motricité est particulier.
 
Michelin :
Après le retour euphorique de Malaisie à peine entaché par l'éclatement du pneu de Loris Baz (qui s'est heureusement bien terminé), la firme française a subi quelques alertes en Australie. A commencer par les 13 chutes le dernier jour des essais, soit plus de la moitié du plateau.
La plupart des pilotes ont diplomatiquement incriminé une piste trop froide mais il n'en demeure pas moins que les pneus avant n'ont pas prévenu. Et les pilotes Suzuki, ainsi que Jorge Lorenzo, se sont montrés... un peu moins diplomates!
Maverick Viñales: " Dans mon cas, c'est à cause du pneu, j'en suis certain, parce que je n'avais même pas incliné la moto, elle était droite."
Aleix Espargaro: "Il n'est pas normal que ces choses-là arrivent en MotoGP. Treize accidents, c'est trop."
Andrea Dovizioso: "Toutes les chutes proviennent de la caractéristique du pneu avant de Michelin. Le pneu a été amélioré, mais si vous attaquez d'une certaine manière, alors la chute arrive. J'ai vu plusieurs chutes dans lesquelles la moto était presque droite, puis la roue avant a immédiatement dérapé. Cela provient du caractère du pneu, Michelin doit y travailler."
Jorge Lorenzo: "Hier, on a pensé que deux pneus étaient défectueux et on les a jetés. Il se peut que l'on ait eu tort et qu'ils étaient bons. Aujourd'hui, on est retourné en demander, mais il n'y avait plus de pneus neufs. Sur les trois ou quatre tests que l'on a réalisés avec Michelin, je suis tombé trois ou quatre fois".
A l'opposé, Cal Crutchlow rappelle que le changement de manufacturier impose un temps d'adaptation: "Utiliser le nouveau pneu demande une courbe d'apprentissage pour tout le monde, et je ne veux pas dire quoi que ce soit de mauvais à propos Michelin, ils font un bon travail .. Les chutes sont devenus moins nombreuses. Regardez combien cela a diminué par rapport à Valencia, et il n'y avait pas de virages rapides ".
 
 
 
Michelin avait apporté en Australie les deux meilleures spécifications des pneus avant utilisés à Sepang mais avec un nouveau profil donnant plus de confiance sur l'angle maxi, ainsi que des pneus arrière utilisant la même carcasse qu’à Sepang mais dotés d’un revêtement bi-gommes apparemment très performant.
Nicolas Goubert s'est déclaré très satisfait des pneus arrière, aussi performants qu'endurants, mais également satisfait du nouveau pneu avant qui sera le seul utilisé lors des prochains tests au Qatar. A notre connaissance, il ne s'est pas exprimé sur le nombre de chutes sur piste sèche, se montrant seulement rassurant sur la longévité des pneus pour le prochain Grand Prix.
 
Les pneus intermédiaires n'ont été que très peu testés, par deux pilotes durant seulement quelques tours.
Au final, peut être parce que Phillip Island est un circuit assez particulier, on constate que le panorama du MotoGP présenté à la suite de ces essais a complètement changé d'allure.
 
 
Qu'en sera-t-il lors des tests au Qatar, sur une piste bien plus glissante où l'électronique jouera un rôle beaucoup plus important qu'en Australie? Jorge Lorenzo reviendra-t-il imposer sa domination ou Hector Barbera ressortira-t-il du désert avec la pole position fictive?
Rien n'est impossible, mais ces essais, du 2 au 4 mars soit deux semaines avant le premier Grand Prix de la saison sur la même piste, prendront à coup sûr une importance particulière...
Faites vos jeux!