Édito - Le besoin et l’envie

Édito - Le besoin et l’envie

Les oppositions que le début de saison nous offre, entre les acteurs et les marques engagées, sont (presque) du jamais vu en MotoGP et recèlent bien des aspects fascinants dans un univers où chaque détail a sa place.

Il était quasi évident que le changement de manufacturier de pneus allait jouer un rôle dans la campagne 2016. Mais lequel ? À ce point déterminant ou jetant simplement un flou sur des bases acquises au cours de toutes ces années avec Bridgestone ? Si chez Michelin on se félicite de réussir à fournir des enveloppes de qualité et d'assurer la sécurité pour les pilotes, certains utilisateurs haussent le ton et commencent à comprendre que leurs chances de bien figurer cette saison risquent de devoir encore attendre.

Derrière le trio magique de ce week-end espagnol, cela semble difficile de trouver un pilote satisfait, notamment si ses ambitions de top 3 n’ont pas été assouvies. Devant, le bilan n'est pas le même pour les trois hommes du podium, seule l’envie d’écraser l’autre a semblé monter d’un cran.

Pour Valentino, tout d’abord, qui revient à ses premières sensations. Confiant et calme dès les essais, le Doc’ donnait déjà des signes que la course pouvait être sienne sans jamais pointer ses problèmes de grip arrière comme quelque chose d’handicapant. Il délivre pour la première fois de sa carrière une course menée dès le premier virage, sans réplique de la part de ses adversaires, réussissant une performance qui nous laisse une fois de plus admiratifs.

Valentino Rossi, Yamaha Factory Racing et Jorge Lorenzo, Yamaha Factory Racing
Photo de : Yamaha MotoGP

Dans la première chronique pour Motorsport.com, je vous parlais déjà de l’importance pour Valentino de gagner, après une mise en place minutieuse de sa saison. À son intelligence, il ajoute ce charisme fédérateur qui magnétise tout le monde autour de lui. Jerez est un pas de plus dans ces signes recensés ici-même !

L’envie est palpable, elle est là et transpire, c’est l’ingrédient principal de l’homme de Tavullia puisqu’à travers cela il nous donne ces émotions incroyables et fédère même le public espagnol en grande majorité. Comme au cours de cette course, il est un cran au-dessus dans tous les aspects et c’est pour cela que la vie sera difficile pour son prochain colocataire. La machine jaune reprend du service.

En arrivant dans l’équipe en 2008, Lorenzo a pourtant patiemment réussi ce qui semblait infaisable : battre Rossi et l’envoyer ailleurs pour prendre cette place. Le besoin de reconnaissance de Jorge ne date pas d’hier et a même toujours été la raison première de son métier, le poussant même à assumer le rôle de mal-aimé. Rien n’est simple quand on arrive aux côtés du numéro 46 et qu’on doit tout apprendre en MotoGP, mais le besoin s’est transformé pour le Majorquin jusqu’à maintenant devoir changer d’air, comme une nécessité pour une pleine émancipation ou plutôt cette sérénité qui lui fait défaut.

Alors au risque de reprendre les mêmes sujets d’actualité, il sera intéressant de voir qui rejoindra Yamaha pour 2017 et comment "Maio" Meregalli prépare le terrain. Impossible en effet d’imaginer un duo où le second récite sa partition de coéquipier modèle comme auparavant ; la longue série de succès du numéro 99 est un pan du palmarès de la marque, impossible de rejouer les premières années sous l’ère de Davide Brivio !

Jorge Lorenzo, Yamaha Factory Racing
Photo de : Yamaha MotoGP

Où se situe la motivation de Viñales ? Le besoin de quitter Suzuki pour chevaucher enfin une monture capable de lui offrir les victoires qu’il espère, ou l’envie de créer lui aussi son univers et de faire que la très performante GSX-RR soit la monture de ce projet ? Les deux sont-ils possibles avec la M1 ? L’étoile montante du MotoGP devrait nous répondre sous peu, tant sur la piste que côté paddock où les négociations avancent !

C’est également de cette façon que Marc Márquez est arrivé dans le stand Repsol Honda en 2013, en réunissant la même équipe du passé lui permettant de conserver cette envie débordante ! Depuis l’an dernier, la RCV est jugée difficile, mais le numéro 93 a pris de la maturité et a lui aussi tiré les leçons de 2015 pour être sûr que son envie l’emmène au plus haut cette saison.

On en reprend volontiers une nouvelle part dès la prochaine épreuve, où la saga va être passionnante à suivre. D’ici là, l’envie aura été alimentée dans le ranch de Tavullia sur la piste de terre, histoire d’entretenir la flamme avec les autres pilotes comme Nicolò Bulega, désigné comme le digne successeur du Docteur, et qui s’est révélé à Jerez. Encore un atout de plus pour Rossi qui peut poursuivre sa quête de numéro 1 avec ce bain de jouvence express les dimanches de Grand Prix, quelques heures avant d’entrer en scène ! Quelle bonne idée !