Poncharal - "Pol à l'aise avec Michelin, Smith tâtonne"

Poncharal - "Pol à l'aise avec Michelin, Smith tâtonne"

Alors que l'attention du MotoGP se concentre sur ses importantes nouveautés techniques, ce début de saison n'a pas encore permis au team Tech3 de se placer sous le feu des projecteurs malgré la 5e place de Pol Espargaró au championnat.

La standardisation de l'électronique et l'arrivée de nouveaux pneus, ainsi que l'uniformisation de leur fourniture, sont autant de paramètres majeurs que chaque équipe doit digérer avant que les performances se stabilisent.

Pourtant, Hervé Poncharal constate que le plateau MotoGP a globalement retrouvé la même hiérarchie que ces dernières années, la nouvelle donne technique n'ayant pas, pour l'heure, permis aux structures satellites de s'inviter au premier plan.

"On s'attendait à ce que ce nivellement par l'électronique et ces nouveaux pneumatiques redistribuent un peu les cartes et donnent des courses plus serrées. La dernière en Espagne n'était pas très serrée, elle était même un peu ennuyeuse…" remarque le patron du team Tech3 auprès de Motorsport.com. "Les meilleurs - Lorenzo, Rossi, Márquez - sont toujours aux avant-postes et les Pedrosa, Viñales et les deux Ducati officielles sont juste derrière. On voit donc que, même si l'on change certains paramètres techniques, c'est quand même le pilote qui fait la différence."

Smith en manque de confiance

Après les quatre premières manches de la saison, c'est à Pol Espargaró que revient l'avantage au sein du team français, tandis que Bradley Smith semble plus atteint par les nouveautés. "On savait que les choses allaient être un peu différentes cette année. Chez nous, ça a un peu bouleversé la hiérarchie", souligne Hervé Poncharal. "Pol s'en sort mieux, il est plus à l'aise avec les Michelin alors que Bradley tâtonne. Il essaye de trouver des réglages qui, à mon avis, n'existent pas, pour retrouver les sensations qu'il avait l'année dernière. Pour l'instant ça n'est pas très fructueux et ça n'est pas facile pour lui."

"Pour l'instant il n'est pas dans une phase de confiance", poursuit le Français. "Il n'a pas perdu sa capacité de piloter, c'est certain, mais il doute de plein de choses. Quand on commence à se questionner sur la moto, que l'on doute et que l'on ne se sent pas très bien, on a du mal à exprimer les derniers dixièmes de son talent, mais c'est tellement serré qu'on se retrouve vite loin."

Hervé Poncharal estime par ailleurs que le fait que l'Anglais ait d'ores et déjà scellé son avenir avec KTM pour les deux ans à venir, et qu'il l'ait annoncé avant même la première course de l'année, pourrait avoir un poids non négligeable : "Beaucoup de pilotes performent quand ils sont sous pression. La carotte de se dire 'Il faut que je me défonce et que je fasse de supers résultats pour obtenir un nouveau contrat', ça fonctionne."

"Ces deux dernières années, Bradley a toujours été en fin de contrat. Je pense que [ce contrat avec KTM] lui permet d'avoir un certain confort dans sa tête, il est peut-être moins dans l'urgence. Aujourd'hui, c'est son coéquipier qui a peut-être envie de super performer pour avoir le maximum d'options possible pour 2017, puisqu'il n'a rien de clair pour son avenir."

"Je ne dis pas que c'est le fond du problème, mais que ça en est une partie", précise le directeur de l'équipe. "L'explication n°1, c'est cette nouvelle électronique moins performante que celle que Yamaha avait jusqu'à présent et ces pneumatiques qui sont différents dans leur manière de délivrer leur potentiel. Mais peut-être qu'il serait encore plus dans l'urgence pour trouver une solution et qu'il aurait encore plus le couteau entre les dents si jamais il était sans contrat pour 2017. C'est mon analyse, qui n'est peut-être pas bonne."

"Tout ne tourne pas autour de la technique"

Pol Espargaró a beau avoir pris l'ascendant sur son coéquipier, il ne se montre pas satisfait des performances qu'il a pu produire à ce stade, précoce, du championnat. Alors qu'il en appelait, après Jerez, à plus d'aide pour trouver la clé de l'ECU unique, Hervé Poncharal assure que les critiques de son pilote n'ont pas lieu d'être.

"Chaque pilote Tech3 a un ingénieur Tech3 mais aussi un ingénieur du Japon et les quatre Yamaha partagent leurs données : si jamais l'équipe de Lorenzo, de Rossi ou de Smith trouve quelque chose de magique sur l'électronique, Pol Espargaró le connaît", tient à rappeler le directeur de l'équipe. "Je ne peux pas laisser dire ça, ce n'est pas correct vis-à-vis de Yamaha et vis-à-vis des gens qui travaillent autour de nos pilotes. Il y a quelques années, quand il était chez nous, Cal Crutchlow avait dit en regardant les datas de Lorenzo : 'Donnez-moi la machine de Lorenzo, je ne ferai pas mieux que ce que je fais. Et donnez-lui la mienne, il fera aussi bien que ce qu'il fait'."

"Qui mieux que les ingénieurs Yamaha peut connaître la réalité du package technique de Bradley Smith ou Pol Espargaró ? Par correction pour les efforts qu'ils font et pour le soutien qu'ils apportent à Tech3 et à ses pilotes, parfois on en a un petit marre d'entendre toujours la même chanson. Quand on veut progresser il faut être capable de mettre en avant ses points faibles, si on les ignore en permanence on ne progressera pas."

"Une chose est certaine : on n'a jamais eu une machine aussi proche que celle de Rossi et Lorenzo : les moteurs sont plombés, on a donc les mêmes qu'eux ; on a la même l'électronique que tout le plateau ; les pneumatiques sont les mêmes pour tous et ils sont distribués par tirage au sort", précise Hervé Poncharal. "Il y a peut-être un chouia de différence sur un châssis, ils ont peut-être un peu d'avance sur les suspensions, et ils ont eu des ailerons un peu avant nous et un peu différents. Mais cela reste des petits détails et quand on voit les écarts à l'arrivée entre Rossi/Lorenzo et Espargaró/Smith, on se dit que ce n'est pas que dans la moto. C'est ce qui fait aussi la beauté de notre sport : tout ne tourne pas autour de la technique."